#SemaineLFM
Rêver la solidarité de demain

Calligramme réalisé par Conrad Richard – Terminale spécialité “humanités, littérature et philosophie”

La solidarité, qu’est-ce que c’est ? C’est pouvoir s’attacher les uns aux autres. Nous sommes unis, main dans la main, et nous entraidons. Une société naît des mailles s’entrelaçant entre ses membres, comme l’encordage du métier à tisser. C’est ainsi que, unis, se bâtissent les structures qui soutiennent nos communautés : à travers le cheminement commun des hommes. La solidarité est donc constituante de toutes sociétés humaines. Elle huile la machine du progrès, et ce, depuis bien des années. Elle adopte, selon les époques, différents visages. Elle n’était pas la même hier, et ne sera pas la même demain. La solidarité, comme la société est diachronique. Et demain, la solidarité sera numérique. En quelques secondes, nous pourrons interagir avec des personnes à l’autre bout du monde. L’horizon de la solidarité s’élargit, et les générations de demain progresseront sur une échelle immensément plus grande.

Il n’y aura de place que pour ceux qui auront une présence sur la toile qui parcourra alors la Terre entière, d’un tissu de soie emprisonnant ses victimes : la solidarité de demain sera le festin des tisseuses de toile. La solidarité de demain sera exploitée. Si elle sera aussi internationale, c’est parce que des entités auront construit ce réseau, et elles réclameront leur dû, aussi malsain que soit le paiement. Et ceux qui refuseront de payer seront les marginaux qui auront perdu leur voix. Accepter le prix, ou tomber dans le mutisme, voilà le dilemme de demain. Les futures générations exerceront une exclusion caractérisée par sa rigueur presque subconsciente. Elles seront entraînées, dès leur enfance à ne reconnaître que ceux qui se dotent d’une présence en ligne. La solidarité de demain n’admettra donc pas les hommes qui refuseront de fléchir face à ses termes d’échange. Mais ceux qui les accepteront pourront bénéficier d’un accès à la communication et à un soutien comme jamais auparavant, parce que sans frontière. Une toile de solidarité internationale, mais aussi une cage qui nous retiendra prisonniers, enchaînés comme les mailles.

La solidarité de demain saura traverser les océans, s’aventurer dans les terres glacées, que ce soit l’Alaska ou le Canada. Elle suivra la côte des États-Unis, puis celle des Caraïbes avant de passer sous le soleil d’Amérique latine, puis embarquera dans l’Océan Atlantique. (Elle atteindra jusqu’à l’Océan Pacifique, et naviguera les tempêtes.) Elle connaîtra la sécheresse du désert et les canaux. Elle respirera l’air de la Méditerranée. Son parcours s’étendra jusqu’en Europe… (et à l’autre côté de la Manche) et au reste du monde.

La solidarité de demain saura parcourir la Terre entière et conquérir des horizons inconnus, et toujours plus distants.

La solidarité de demain connectera comme jamais auparavant. Elle saura créer des liens entre des hommes que tout oppose, et peut-être le futur est-il plus proche que nous n’osons le penser. Ainsi, demain approche…

La solidarité de demain nous éloignera comme jamais auparavant : absents au présent, et absents au réel.

Si proches, et pourtant tellement loin.

Conrad Richard